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En Afrique, BasiGo ouvre la voie aux bus électriques
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Au Kenya, BasiGo accélère la transition vers un transport urbain durable. Les bus électriques déployés par la start-up, dans laquelle Proparco a investi en 2025, contribuent à réduire la pollution tout en soutenant l’emploi et l’industrie locale. Reportage.
Il est 15 heures dans le quartier d’affaires de Nairobi. Comme chaque jour, les passants se déplacent dans des rues animées, où la circulation est rythmée par les matatus colorés, ces bus emblématiques du Kenya couverts de graffitis et de slogans. Parmi eux, une présence plus discrète se distingue. « L’absence de bruit fait toute la différence, surtout quand on prend les transports tous les jours. Les bus électriques sont plus confortables, plus sûrs, et rendent les déplacements beaucoup plus agréables pour les passagers », témoigne un usager. Ces bus électriques sont déployés par BasiGo. Fondée en 2021, la start-up kenyane s’impose comme un acteur clé de la mobilité électrique, en proposant des bus, assemblés localement au Kenya, aux opérateurs de transport et en contribuant ainsi à la transition vers des transports plus durables et résilients.
BasiGo : le futur du transport urbain en Afrique
Découvrez notre reportage Business for Change consacré à BasiGo. Une immersion au cœur de la transition vers des transports plus durables à Nairobi.
Face à la pollution urbaine, repenser les transports
Au Kenya, les transports en commun rythment le quotidien de près de la moitié de la population. À Nairobi, notamment, ils constituent l’un des principaux moteurs de la mobilité, mais aussi l’une des principales sources de pollution urbaine. C’est en réponse à ce défi visible que BasiGo est né. « Pendant le Covid, les transports se sont arrêtés et l’air s’est éclairci, rendant possible la vue sur le mont Kenya depuis Nairobi. Cela a mis en lumière le poids des transports dans la pollution urbaine », se souvient Jit Bhattacharya, cofondateur et directeur général de BasiGo. Dans une ville où les bus diesel constituent une source majeure d’émissions, l’électrification des transports n’est pas seulement une nécessité environnementale : c’est une opportunité de transformer un système dont dépendent chaque jour des millions de personnes.
Jit Bhattacharya : « Le changement climatique impose une nouvelle vision des transports publics »
Dans cette vidéo Voices for Change, Jit Bhattacharya, cofondateur et directeur général de BasiGo, revient sur l’ambition de la start-up : accélérer le développement de la mobilité électrique et transformer les transports publics en Afrique.
Un acteur ancré dans les réalités
Le modèle de BasiGo est profondément ancré dans les réalités du système de transport kenyan. « Notre force, c'est que notre solution n’est pas seulement utile sur le plan environnemental et social : elle est aussi économiquement viable pour les opérateurs de bus », explique Moses Nderitu, Managing Director pour le Kenya. Plutôt que de bouleverser le système existant, l’entreprise a choisi de s’y intégrer. « Notre rôle est de fournir les bus électriques et de gérer la recharge, la maintenance et le support technique, permettant aux opérateurs de se concentrer exclusivement sur leurs activités quotidiennes. » Cette approche rend les bus électriques à la fois accessibles et attractifs pour les opérateurs, accélérant ainsi leur adoption.
« Mon rôle, durant le service de nuit, est de veiller à ce que chaque bus soit prêt à reprendre la route le lendemain. Lorsqu’ils arrivent au dépôt, nous vérifions le déroulement de la journée avec les conducteurs, puis nous procédons au nettoyage. Chaque bus est ensuite chargé une seule fois, pendant deux heures, ce qui lui permet d’assurer l’ensemble de son service le jour suivant. Tout se fait de nuit pour que, dès l’aube, les bus soient entièrement opérationnels. Nous gérons 17 bus dans cette station, donc chaque étape compte. Je suis fière de ce travail, qui se passe en coulisses, mais qui est indispensable au bon fonctionnement des bus, jour après jour. »
- Depuis le dépôt de bus de nuit à Nairobi
Un atout africain : les énergies renouvelables
« La pollution de l’air est un enjeu majeur au Kenya, avec environ 5 000 décès prématurés chaque année liés aux émissions, notamment celles des véhicules diesel », explique Joy Mukiri, responsable Environnement, Social et Gouvernance (ESG) chez BasiGo. « Les personnes les plus exposées sont souvent celles qui utilisent les transports publics au quotidien, notamment les travailleurs et les enfants. » En remplaçant les bus diesel par des alternatives électriques, BasiGo contribue directement à améliorer la qualité de l’air dans les villes. « Un bus électrique permet d’éviter environ 50 tonnes de CO₂ et 120 000 litres de diesel chaque année », ajoute-t-elle.
Mais l’intérêt du modèle va au-delà de la réduction des émissions. Elle s’appuie aussi sur l’un des grands atouts du continent : son potentiel en énergies renouvelables. Au Kenya, où l’électricité provient majoritairement de sources renouvelables, l’électrification des transports amplifie encore les bénéfices environnementaux. Elle permet également de réduire la dépendance aux énergies fossiles importées en s’appuyant sur une énergie produite localement.
« Je conduis des bus à Nairobi depuis près de 30 ans et le passage à l’électrique a complément changé mon expérience. La conduite est plus fluide, plus silencieuse et beaucoup plus confortable, pour moi comme pour les passagers. On le voit aux arrêts : beaucoup attendent le bus électrique, parce qu’il est plus calme, propre et agréable à bord. Pour moi, c’est une vraie évolution dans la qualité du transport public, et je mesure chaque jour à quel point cette différence compte pour les passagers. »
- Depuis un arrêt de bus du quartier d’affaires de Nairobi
Créer des emplois, renforcer l’expertise locale
BasiGo contribue plus largement au développement d'une filière industrielle locale, en renforçant les capacités de production et les compétences. « Nous assemblons les bus ici au Kenya, ce qui participe à former une génération de techniciens capables d'en assurer la maintenance sur le long terme. C’est un élément clé pour construire un écosystème durable de la mobilité électrique en Afrique », explique Moses Nderitu. Cet ancrage local crée un cercle vertueux : création d’emplois, développement des compétences et croissance industrielle. « BasiGo crée des emplois directs dans différents métiers, au Kenya et au Rwanda. Chaque bus en circulation soutient l’emploi tout au long de la chaîne de valeur : un seul bus peut ainsi représenter 12 emplois », ajoute Joy Mukiri.
« Mon rôle est de veiller à ce que chaque bus avance dans la chaîne de production dans les délais, avec les équipes, les outils et les pièces nécessaires. Je supervise les différentes étapes, de l’assemblage aux contrôles finaux, pour garantir un processus fluide et sécurisé. Grâce aux gains d’efficacité réalisés ces dernières années, nous avons réduit le temps de production de 26 à 18 jours par bus. Mais l’assemblage local des bus va bien au-delà de la performance : il permet de créer des emplois et de développer les compétences, notamment grâce à notre programme de formation pour les jeunes diplômés. J’ai commencé ici comme stagiaire, et je suis fière de faire partie de cette aventure. Plus qu’un travail de production, nous construisons ici le futur du transport ! »
- Depuis le centre d’assemblage des bus à Thika
Vers une mobilité électrique à grande échelle
Déjà présent au Kenya et au Rwanda, BasiGo voit désormais plus loin. « Nous observons une demande croissante à travers le continent, avec des signaux très encourageants venant de plusieurs pays comme la Zambie, le Ghana, le Nigeria ou encore l’Afrique du Sud », explique Moses Nderitu. L’entreprise s’est fixé des objectifs ambitieux avec sa campagne « Road to1000 », qui vise à déployer 1 000 véhicules dans les trois prochaines années. Elle a également développé le plus grand réseau de stations de recharge rapide de la région, avec 11 sites au Kenya.
Cette montée en puissance repose sur des partenariats financiers de long terme. « Les institutions comme Proparco jouent un rôle essentiel pour mobiliser les financements nécessaires à notre croissance. Leur soutien nous permet non seulement de changer d’échelle, mais aussi de proposerdes véhicules à un coût accessible pour les opérateurs grâce à des financements patients et de long terme. » Parallèlement, les institutions financières locales montrent un intérêt croissant pour le financement des opérateurs de transport, contribuant à renforcer la confiance des investisseurs et à structurer un écosystème financier local plus solide.
C’est ce qui fait de cette période un moment charnière pour le développement de la mobilité électrique. Et pour BasiGo, l’ambition est claire : « Remplacer les bus diesel par des bus électriques permet d’améliorer la qualité de l’air, de transformer le quotidien, de soutenir l’emploi et de construire un système de transport plus durable pour les populations et les territoires », conclut Jit Bhattacharya.
Chiffres-clés
- 134 bus déployés au Kenya et au Rwanda
- 9 millions de kilomètres parcourus
- 12 millions de passagers transportés
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